J’ai enfin trouvé la vérité !

 

La recherche de la vérité est une thématique essentielle pour expliquer intolérance, dictatures et guerres. Etre au clair avec cette notion permet en premier lieu d’adopter individuellement, avec humilité, une attitude juste conduisant à « être » vrai sans prétendre « avoir » la vérité.

Il est classique de comparer la vérité scientifique à la vérité en matière religieuse

La vérité scientifique repose sur ce qui est vérifiable et susceptible d’être constamment mise à jour. Elle a une force propre qui la fait s’imposer par elle-même.

En matière religieuse, la seule vérité est la parole de Dieu L’Église catholique y adjoint des dogmes, dont celui de l’infaillibilité pontificale. Y croire est obligatoire.

Ce thème vient s’enrichir avec les réflexions de scientifiques qui mettent l’accent sur la relativité des vérités et la grandeur des périodes de recherche, d’incertitude.

Jean-Claude Ameisen en parle avec brio et réalisme.

« Chaque certitude devenait mouvante, ouverte, inachevée. Et la réalité changeait de nature. Elle était plus vaste, plus mystérieuse, toujours à inventer.

J’ai senti que j’apprendrai sans cesse mais ne saurai jamais, et que cette sensation n’épuiserait pas mon désir de comprendre. Qu’il me faudrait préserver la part d’invisible dans le visible, la part de silence dans la parole, la part d’ombre dans la lumière. Le physicien Richard Feynman confirme : « Ce qui n’est pas entouré d’incertitude ne peut être la vérité. »

Et cette quête, toujours renouvelée, est source de joie. Car « ce n’est pas une fois la recherche achevée, dit Epicure, que nous éprouvons la joie, mais pendant la recherche elle-même ». La recherche permet de maintenir cette joie et cette curiosité insatiable de l’enfance : ne jamais s’habituer, toujours se réinventer. Et ressentir cette émotion bouleversante qui vous saisit, soudain, quand vous commencez à entrevoir des lueurs dans la nuit. »

François Ansermet complète. « Au cœur de toute pratique créative se trouve l’impensable, l’irreprésentable, ce qui nous échappe, cette part du réel qu’on ne peut toucher ni saisir. Face à l’ignorance, le rejet ou les réponses de facilité. Une troisième voie consiste, au contraire, à se servir de ce qui nous échappe pour ouvrir des voies nouvelles. »

Dans une démarche d’ouverture universelle, Marc-Alain Ouaknin bien ancré dans la tradition juive, fait l’éloge de la « caresse »

« La « caresse » soutient que l’unique vérité divine peut et doit se décomposer en une pluralité de vérités relatives que les hommes peuvent partager. La relativité de la « caresse » exclut la vérité totalitaire ».

Il cite aussi volontiers Léon Chestou :

Ne faudrait-il pas s’efforcer de se délivrer et de délivrer les autres du pouvoir des concepts dont la netteté tue le mystère ? Les sources de l’être sont en effet dans ce qui est caché et non dans ce qui est à découvert. »

Entre science et spiritualité, notre regard devient convergent. J’ai toujours présent à l’esprit ce texte d’Eric Emmanuel Schmitt : « Je préfère épaissir les mystères plutôt que de les résoudre. J’aime les questions qui durent… car un mystère qui trouve une solution cesse d’être un mystère, sans donner plus à penser ».

Au-delà de sciences et religions, il y a une autre source ambivalente de « vérités » : la tradition qui peut être féconde ou mortifère tout comme le serait une religion intégriste :

« La tradition est la plus belle des libertés pour la génération qui l’assume avec la conscience claire de sa signification, mais elle est aussi l’esclavage le plus misérable pour celui qui en recueille l’héritage par simple paresse d’esprit. » Martin Buber

Sur le chemin de la connaissance, il nous faut à la fois ressentir et comprendre. Allier l’émotion à la raison, les arts aux sciences… Aucune grille de lecture, qu’elle soit scientifique, artistique, philosophique, spirituelle ne peut, à elle seule, épuiser la richesse de ce que nous appelons la réalité. Et c’est en croisant les approches, les perspectives, les cultures, que nous enrichissons au mieux notre humanité.
« La plus belle expérience que nous puissions faire est celle du mystérieux. C’est la source de tout vrai art et de toute vraie science. » Einstein

De multiples réflexions conduisent à « relativiser » les « vérités » spirituelles au regard du « Livre » contenant la volonté de Dieu : cela concerne les trois religions monothéistes. Bidar Abdennour l’applique à la lecture du Coran en citant Mohammed Arkoun, « la richesse humaniste d’une pensée religieuse varie, en effet, avec les niveaux de culture dans lesquels elle s’exprime » Or aujourd’hui trop d’inculture de tous côtés et trop d’ignorance de l’autre comme de soi-même menacent de transformer les individus en étrangers et en ennemis. La médiocrité de trop d’éducations laisse l’individu sans aucune connaissance réelle des valeurs de sa religion ou de sa culture, ou le laisse imaginer qu’elles sont différentes, supérieures ou meilleures.

Nous avons désormais la responsabilité collective de recommencer à œuvrer à la fraternisation de toutes les cultures.

Cette indispensable relecture des textes révélés est également un thème abordé par Rachid Benzine qui s’interroge : « Comment convaincre les fidèles séduits par l’intégrisme pour prendre du recul par rapport au texte ? Et même si c’est un texte révélé il n’y a pas de parole de Dieu en dehors de la parole humaine laquelle s’inscrit dans le temps des hommes, s’adresse à l’imaginaire des gens. ». L’étude du contexte historique devient indispensable pour éviter les dérives.

Nous avons là les clés qui permettraient une réconciliation des fidèles avec les textes fondateurs des trois religions monothéistes aboutissant à une tolérance bienveillante dans le respect des différences de pratique.

La vérité que j’ai définitivement trouvée est bien c’est qu’il n’y a pas de vérité absolue qui nous soit accessible, mais une aspiration commune aux êtres humains, jamais satisfaite. Encore une manière de « creuser » notre désir pour ce qui nous dépasse et nous maintient ainsi pleinement vivants !

Un tel changement d’éclairage est-il concevable ? C’est pourtant la seule issue imaginable aux conflits idéologiques de notre temps qui se conjuguent intimement avec les enjeux écologiques.