Beaux textes

La littérature, la poésie, les contes peuvent nous nourrir de beauté et de merveilleux. Nous pouvons ainsi trouver les mots ou créer l’ambiance permettant d’exprimer une émotion, d’accompagner un élan d’admiration, de partager un ressenti. Une manière aussi de prendre conscience de notre reliance à cette communauté d’écrivains, d’artistes, de penseurs de toutes époques et de tous lieux qui magnifient l’aventure humaine à laquelle chacun apporte sa contribution.

Ressources Sauvages – Maurice Chaudière

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Il n’y a pas de ressources sans projet m’a-t-on dit! Ce que je veux bien croire. Mais si la ressource est sauvage, le projet devrait l’être aussi sous peine de la dénaturer. Or le projet, c’est l’homme; et qui pourrait se vanter aujourd’hui d’être sauvage? Y eut-il jamais sur Terre un homme sauvage? Disons que la Nature, quand elle n’a pas encore été altérée par la Culture, peut paraître sauvage… Mais un homme sans culture, c’est quoi ? Pour tailler des silex, il fallait déjà en avoir assez! Et que dire des bisons de Lascaux ou d’Altamira? Continuer la lecture

Prière amérindienne

Ô Grand Esprit
dont j’entends la voix dans le vent et dans le souffle d’une vie au monde.
Ecoute-moi !
Je viens vers toi comme l’un de tes innombrables enfants.
Je suis petit et faible.
J’ai besoin de ta sagesse et de ta force.
Laisse-moi marcher dans la beauté et fais que mes yeux contemplent
toujours les rouges et pourpres couchers de soleil.
Fais que mes mains respectent ta Création et que mes oreilles entendent ta voix.
Rends-moi sage afin que je connaisse ce que tu as révélé à mon peuple,
les leçons que tu as cachées sous chaque feuille et chaque pierre.
Je te demande force et sagesse, non pour être supérieur à mes frères et sœurs,
mais afin de combattre mon plus grand ennemi : moi-même.
Fais que je sois toujours prêt à me présenter devant toi
avec des mains propres et un regard droit.
Ainsi, lorsque ma vie s’éteindra comme s’éteint un coucher de soleil,
mon esprit pourra venir à toi sans honte.

Le même fleuve de vie

Je sens que toutes les étoiles
Palpitent en moi
Le monde jaillit dans ma vie
Comme une eau courante
Les fleurs s’épanouiront
Dans mon être
Tout le printemps
Des paysages et des rivières
Monte comme un encens
Dans mon cœur
Et le souffle de toutes choses
Chante en mes pensées
Comme une flûte

La joie est accourue de tous le coins du monde pour former mon corps.
La lumière des cieux l’ont embrassé encore, jusqu’à l’éveiller à la vie.
Les fleurs des étés trop rapides ont palpité dans son sein, et les voix de l’eau et des vents chantent dans ses mouvements.
Les couleurs ardentes des nuages et des forêts ont afflué dans ma vie et toutes les harmonies des choses ont caressé ses membres pour leur donner une forme de beauté. Elle est mon épouse, elle a allumé sa lampe dans ma maison

Le même fleuve de vie
Qui court à travers mes veines nuit et jour
Court à travers le monde
Et danse en pulsations rythmées

C’est cette même vie
Qui pousse à travers la poudre de la terre
Sa joie en innombrables brins d’herbe
Et éclate en fougueuses vagues de feuilles
Et de fleurs
C’est cette même vie
Que balancent flux et reflux dans l’océan
Berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres
Glorifiés au toucher de cette vie universelle
Et je m’enorgueillis
Car le grand battement de la vie des âges
C’est dans mon sang qu’il danse en ce moment

L’Offrande lyrique – Tagore
Première parution en 1963
Trad. de l’anglais (Inde) par Hélène Du Pasquier et André Gide. Introduction d’André Gide

A la poursuite des gazelles

On dit que le roi Salomon, un jour qu’il était las des prestiges du monde,
s’en alla méditer sans femme ni guerrier dans le vaste désert.
Or, comme il cheminait à longs pas dans le sable, le front penché, l’esprit
paisible, au bout de sa sandale il vit une fourmi.
Elle marchait comme lui,
elle aussi tête basse, indifférente à tout, têtue comme au labour, refusant
l’abri des cailloux, la halte au frais des herbes rares.
Salomon, la voyant si brave et obstinée, se pencha sur elle. Il lui dit :
« Où vas-tu donc, petite soeur ? »
Elle répondit : « Grand roi, ne me retarde pas. Je cours où mon âme m’appelle, à la poursuite des gazelles. »
« Amie, lui demanda le roi, connais-tu ces bêtes divines ? »
« Hélas non, répondit la bestiole pressée, mais j’ai vu leurs ombres passer, et j’en fus tant bouleversée que je ne peux vivre sans elles. »
Le roi des rois s’agenouilla, la prit sur le bout de son doigt, sourit, lui dit enfin : « Comment peux-tu rêver en rejoindre quelqu’une ? Elles vont droit comme l’oeil à travers le désert, elles franchissent d’un saut la dune que tu escalades en cent jours. A suivre leurs sabots tu tomberas bientôt dans une empreinte creuse et la brise qui tout efface, peut-être t’enfouira dedans. Quitte tes illusions, pauvre amie valeureuse, et retourne à la fourmilière que tu n’aurais pas dû quitter. »
« Je sais, ô roi des rois, que la raison t’inspire, répondit la fourmi. Mon pas est court, ma vie n’est qu’un jour de la tienne, mon ciel n’est pas plus haut qu’un brin d’herbe naissant. Je ne suis rien, j’aspire à la grâce parfaite, j’avoue que c’est grande folie. Mais qu’importe à mon coeur aimant ? L’espoir me tient, me tire et pousse, ne me laisse point en repos. Il occupe toute ma vie. Je veux lui obéir sans faute et la mort ne me sera rien si elle me prend sur mon chemin, à la poursuite des gazelles. »
Henri Gougaud Paramour

Dans mes bras il y a…

Dans mes bras il y a ton écorce
Derrière laquelle coule la sève de nos mémoires
Il y a ce rugueux, cette rigueur, cette limite
Où je m’appuie et me colle
Pour laisser couler les chagrins qui viennent
Comme des marées mouillant le sable de tes racines

Dans mes bras il y a ta force
Cette densité plantée entre ciel et terre
Ce solide évanescent où voyage l’invisible
Où mes doigts circulent sur tes cicatrices,
Nœuds, mousse, lichens et sillons profonds
Cherchant à sentir l’écho de nos blessures semblables Continuer la lecture

la Saint-Jean d’hiver

C’est la Saint-Jean d’hiver, le 21 décembre!
Janus aux deux visages, regarde enfin vers la lumière: la porte de l’hiver mène au renouveau.

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Au-delà de l’analogie banale du déroulement de la vie avec le passage d’une année: printemps de l’enfance, été de la plénitude, automne de la maturité et hiver de la vieillesse, le cycle de notre propre énergie est lui-même lié aux saisons. Les anciens le savaient, pour qui l’hiver était temps de réparation des outils et des forces humaines, temps de rester chez soi en famille, de causer, de conter, de décanter les expériences de l’année active. Temps d’attendre aussi : l’hiver enseignait le retrait et la patience. Nous qui nous reposons l’été, période d’intense activité naturelle, et nous agitons l’hiver, mois de dormance, nous connaissons la fatigue, la déprime et le non sens de qui vit contre nature ! Continuer la lecture

Être, renaître ma naissance

Être, renaître ma naissance

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….‼️‼️ TROUVER SA VOIE… TRANSFORMER SA VIE ‼️‼️ 2 au 6 avril 2018. Paroles inspirantes d'Aznavour accompagnant ce thèmeÊtre, mourir pour mieux renaître Des mensonges d'antan Et n'être rien qu'un être VivantLire le texte intégral ICI

Publié par Gérard Verret sur jeudi 21 décembre 2017

Être, renaître ma naissance
Dans une aube de craie
Sous la lune de sang
Aux termes d’un hiver mourant Continuer la lecture

Solstice d’hiver

Solstice d’hiver

Bientôt le froid et la nuit noire,
le vent, la neige et la tempête,
la poudrerie et le verglas
le temps d’arrêt et la langueur;
le silence… l’attente.
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J’aime l’araignée et j’aime l’Ortie.

 

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J’aime l’araignée et j’aime l’Ortie.
Parce qu’on les hait ;
Et que rien n’exauce et que tout châtie
Leur morne souhait :
Parce qu’elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu’elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;
Parce qu’elles sont prises dans leur oeuvre ;
0 sort ! fatal nœud !
Parce que l’Ortie est une couleuvre,
L’araignée un gueux ;
Parce qu’elles ont l’ombre des abîmes,
Parce qu’on les fuit,
Parce qu’elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit.
Passants faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !
Il n’est rien qui n’ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu’on oublie
De les écraser,
Pour peu qu’on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !

Victor Hugo, Les Contemplations

Qu’est ce qui est là ?

« Qu’est ce qui est là, qu’est ce qui respire en nous ?
Je vous propose d’être là, d’être un peu plus là

Et cela commence dans le corps que nous sommes
En sentant le contact de notre corps sur la chaise
En sentant le contact de nos pieds sur le sol
En sentant notre colonne vertébrale
Notre colonne vertébrale qui est comme l’Arbre de Vie
Cet arbre qui relie la terre et le ciel, cet axe, notre droiture
Notre corps n’est pas le tombeau de l’âme
C’est le temple de l’Esprit
C’est une maison pour abriter le vent
Pour accueillir le souffle
Accueillir l’inspir et l’expir
Inspirez plus doucement, expirer plus doucement
Ne faire qu’un avec ce souffle
Ce souffle qui nous inspire et qui nous expire
Entrez simplement dans cette conscience du souffle
Et ne pas avoir peur d’aller au fond de l’expir
Expirez profondément et doucement et restez là un petit moment
Ecoutez, goûtez les saveurs du Silence
Un je ne sais quoi, un presque rien
Et c’est de ce Silence que va naître un nouvel inspir
Laissez le venir comme un cadeau
Simplement respirez, consciemment, doucement, profondément
Et peut être sur le rythme même du souffle,
Accordez l’invocation qui est la votre si vous avez une tradition particulière
Ou simplement ‘je suis’ Etre là, je suis là
Laissez dans ce je, dans ce petit je, laissez être la grande Présence
Celui qui est plus intelligent que nous, en nous
L’intelligence créatrice, la Conscience première
Laissez être au cœur de notre vie, une vie plus vaste
Sentir que notre souffle vient de l’infini et retourne à l’infini
Et au niveau du cœur, laissez venir cette simple gratitude, cette bonté
Quelque chose comme un soleil qui éclaire, qui réchauffe
Plus moi que moi-même, tout autre que moi-même
Et méditez vous savez,
Ce n’est pas courir après le soleil
C’est se laisser ensoleiller
Quelques instants, se laisser ensoleillé par la Présence silencieuse
Pour notre bien être et le bien être de tout et de tous

Très beau texte de Jean-Yves Leloup
publié sur Facebook « LEnseignement-de-Jean-Yves-Leloup »