La place du sauvage dans l’approche du Vivant

Dans la référence au Vivant je souhaite développer un thème important, à savoir la place du sauvage.

Dans notre langage moderne, le « naturel » est aussi compris comme ce qui est « sauvage », ce qui n’est pas civilisé, non culturel. D’ailleurs si on s’intéresse au mot « sauvage », il vient de silva, la forêt, qui se différencie des zones cultivées, c’est-à-dire là où règne la culture. Et le mot culture vient de culturare, le travail de la terre. Et pour fermer la boucle, « forêt » vient de foris, en dehors de, extérieur à la civilisation ! Donc implicitement la nature s’oppose pour nous à la culture. Sabine Rabourdin

La nature est le symbole du sauvage, de l’instinct, de ce qui n’est pas encore domestiqué par la culture.

La dimension sauvage de la terre est nécessaire pour que les dispositions contemplatives des êtres humains ne se dévitalisent pas, et que les êtres humains vivant cette contemplation comprennent davantage par le sensible, la nécessité de rendre à cette nature son droit d’exister en elle-même et pour elle-même, indépendamment de l’humanité, pour perpétuer ses équilibres. Bernard Boisson

La nature a toujours suscité, tout comme les mères humaines, des émotions ambivalentes. Elle est belle, fertile, nourricière, bienveillante, généreuse –mais aussi sauvage, destructrice, imprévisible, chaotique, étouffante, létale Benoit BAYLE

Si nous avons quelques difficultés avec notre environnement, c’est parce que nous avons du mal avec tout ce qui échappe à notre contrôle, autrement dit avec le « sauvage », que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur de nous ! Ou bien est-ce l’invitation à un changement plus profond dans notre manière d’aborder la nature, à une ouverture plus sensible à la vie sauvage en nous et autour de nous afin de nous éveiller à un autre niveau de conscience ?

La peur de la nature sauvage est à dépasser : elle est probablement liée au refoulement de notre part « sauvage » en nous : force de vie, de créativité. Alors libérons le sauvage en nous… tel est le conseil d’Henri Gougaud

« Nous sommes tous, au fond, des êtres sauvages.
Une force considérable gît, inemployée, dans cette sauvagerie.
Devenir, enfin, un être entier.
Pour cela, civiliser le sauvage, ensauvager le civilisé.
Et disposer de toutes les forces que recèle notre nature : la sauvage, et la civilisée »

Un nouveau rapprochement entre le sauvage et la nature féminine. La femme qui récupère sa nature sauvage est comme les loups. Elle court, danse, hurle avec eux. Elle est débordante de vitalité, de créativité, bien dans son corps, vibrante d’âme, donneuse de vie. Selon Clarissa Pinkola Estès

Pour tenter de se mettre au diapason du vivant et permettre ainsi l’accès à cette sagesse de la nature, voyons la juste place vers laquelle nous pourrions tendre face à la nature.

Voici quelques suggestions pour intégrer le sauvage dans le quotidien afin de l’apprivoiser (ou de nous laisser apprivoiser…) et de retrouver cette belle dynamique qui nous fait défaut pour avoir été coupé de la nature depuis quelques siècles.
Le sauvage dans le jardin, dans la création artistique, dans l’assiette, dans la vie…

Jardin

Laisser une partie du jardin sauvage. En Angleterre, dans les jardins très soignés, une partie était laissée à l’état sauvage, où personne ne se rendait, domaine réservé aux elfes et aux fées. C’est le centre à partir duquel les esprits peuvent travailler dans tout le jardin… ou simplement les auxiliaires du jardinier. Question de regard, au choix de chacun.

Décoration

Exemple du bouquet sauvage réalisé comme découpe de prairie, sans autre composition que la restitution de son agencement sauvage et spontané d’origine.

Cuisine

Et bien sûr, la cuisine sauvage intégrant en particulier des plantes sauvages.