Peut-on laisser mourir de soif un arbre ?

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx Michèle Terron Peut-on laisser mourir de soif un arbre

Peut-on laisser mourir de soif un arbre ?

Jusqu’où vont la folie et l’irresponsabilité des Hommes ?
Dans le jardin de mon immeuble, trône un cerisier du Japon.
Un de ces êtres de la nature qui offre tout au long des saisons sa présence, sa beauté, ses rythmes, ses fleurs magnifiques et éphémères.

Cet arbre a nourri mon cœur, il m’a aidé à vivre, à traverser des épreuves dures, des blessures profondes, il a enchanté mon regard et m’a permis d’être dans la gratitude de la Vie, simplement parce que chaque matin il était là, devant ma fenêtre, comme un cadeau renouvelé.

Alors quand je vois que depuis l’été ce jardin n’est pas arrosé, que cet arbre dépérit, que toutes ses feuilles sont grillées, et que j’apprends que c’est « parce qu’il n’y a plus de programmateur d’arrosage »…. je suis triste et en colère.

J’ai proposé d’aller l’arroser, « mais je crois que vous ne comprenez pas » me répond le gardien…
Bin si… jusque là, je pense que mes neurones arrivent à suivre… « programmateur », ça veut dire « arrosage programmé » pour un tuyau qui amène de l’eau… mais le tuyau, y’a bien un robinet au bout ? et le robinet un être humain peut le tourner non ?? on peut aussi remplir des sceaux quelque part et les déverser au pied de l’arbre ?
Je me suis excusée d’être trop bête pour comprendre ce si complexe problème qui visiblement échappe aussi à la copropriété, au syndic, et aux habitants de cet immeuble …

Qu’est-ce qui, aujourd’hui, empêche des êtres humains de répondre à la nécessité du présent, quand cela se passe juste en bas de chez eux ?

Il y a 7 étages à cet immeuble, avec environ 5 appartements par étage. Ce qui fait un sacré potentiel pour résoudre un problème de ce genre et faire en sorte de donner quelque minutes de son précieux temps pour compenser les défaillances provisoires d’un arrosage …

Mais plus personne n’est concerné par rien, car tout est géré « à l’extérieur », à l’image de notre société où nous avons remis notre pouvoir à des institutions, des hommes de pouvoir, des organisations, des syndics, et tant d’autres structures que nous payons au prix fort, pour ne plus se soucier de rien et vaquer, légers, à nos occupations égocentrées.

Alors voilà comment une vie collective peut se déresponsabiliser, parce que plus rien ne passe par les individus mais par des sociétés de gestion.

Aujourd’hui, il y a trois ouvriers qui sont venus « nettoyer » le jardin. Ils ont arraché tout le lierre qui courrait sur la façade d’une maison voisine, retirant ainsi une verdure où les merles venaient si souvent (ah, c’est beaucoup plus propre hein m’a dit une des personnes, comme si la propreté avait quelque chose à voir avec la Nature…), ils ont coupé à la tronçonneuse des branches par-ci par-là (mes dents grinçaient en pensant à ces nouvelles « méthodes » de taille qui abîment tant les végétaux), et surtout, ils ont « aspiré » longuement, avec un aspirateur hyperbruyant et polluant toutes les feuilles du jardin (comme ça la terre pourra encore moins garder l’humidité dont elle a tant besoin) et bien sûr… ils n’ont pas arrosé.

Voilà comment nous sommes arrivés à un monde schizophrène, où les problèmes et les solutions sont sur des voies parallèles qui ne se rejoignent plus.

Un soir qu’il pleuvait, j’ai pleuré de bonheur pour mon cerisier, même si cette pluie de courte durée n’était pour lui qu’un simple apéritif.

Et je prie chaque jour, pour que la pluie le secourt, pour que la force de la Terre le soutienne et le garde en vie, pour qu’il dure sans souffrance fatale jusqu’à la fin de l’été où enfin il profitera d’un peu de fraîcheur.
Et je prie pour le revoir fleurir le printemps prochain. Car s’il meurt… je ne veux même pas y penser…

Quand comprendrons-nous que la nature nous soutient? Que si un arbre meurt, je meurs aussi un peu?

Nous sommes les gardiens de la Terre… et la Terre est parfois juste en bas de chez nous.
Pas la peine de penser à des horizons lointains, à des contrées inaccessibles. C’est là, à côté de chez nous, que chaque jour nous pouvons changer notre regard et avoir envie de prendre soin.

Car chaque fois que naît cet élan de prendre soin, nous faisons un pas vers la douceur, un pas vers le cœur, un pas vers des retrouvailles avec nous-mêmes et avec cette Terre qui nous porte si généreusement.

MT

Ce texte est la copie d’un article du blog lejour-et-lanuit de Michèle Théron : j’apprécie sa sensibilité, sa plume de poète et la grande qualité de ses photos ! Merci pour le partage qu’elle effectue avec obstination et grand cœur !

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