S’émerveiller face au quotidien

S’émerveiller face au quotidien

Une des clés essentielle du bonheur est de garder (de retrouver) l’émerveillement face à la vie. Garder la fraicheur du regard, l’innocence de la découverte redonne à chaque objet, personne, situation,  son auréole de « première fois ». Plutôt que hausser les épaules en disant : je connais, j’en ai fait le tour ! Il est possible de décider de ne pas se cantonner aux apparences pour aller explorer le mystère des profondeurs. . Il n’y a que la pratique qui peut réenchanter notre vie. Alors commençons avec les choses insignifiantes qui se répètent chaque jour. L’exhortation de Bertolt Brecht trouverait bien sa place sur la porte de votre frigo pour vous le rappeler régulièrement !

x  « Vous avez vu un évènement ordinaire
Un événement comme il s’en produit chaque jour
Et, cependant, nous vous en prions,
Sous le familier, découvrez l’insolite,
Sous le quotidien, décelez l’inexplicable,
Puisse toute chose dite habituelle vous inquiéter »
P1040458

Si vous n’avez pas l’occasion de participer à une telle approche lors d’un stage de développement personnel, ou si vous êtes réticent à une telle démarche, sachez que la pratique la plus efficace est l’éducation de votre regard porté sur les petites choses : bien sûr, l’égo n’en sortira guère flatté et ne pourra se vanter d’un tel choix auprès de vos connaissances ! Et c’est tant mieux. De manière concrète, j’ai plaisir à vous transcrire quelques passages du livre de Colette Nys-Mazure : « Célébration du quotidien », titre oh combien explicite ! Elle nous permet de rendre la démarche d’attention à l’insignifiant, au répétitif, très concrète.

Avec notre habitude à vivre à la surface des choses  « nous négligeons les richesses de chaque instant, celles qui sommeillent dans un visage, un objet, un paysage ou les gestes les plus élémentaires. Il y a dans le vert des feuilles de salade, la rondeur d’une pomme, le parfum robuste du thym, le frémissement de la glycine, le bruit des pas espérés, le souffle des êtres chers, une puissance de vie qui, sans avoir la violence des événements imprévus et moteurs, fait naître et renaître sans cesse la force d’avancer, de recommencer, de croître sans rancœur ni amertume. »

Ce n’est pas la répétition des gestes et des mots, l’hallucinante succession des saisons qui nous use mais notre absence à cette marche, notre défaut de présence à ce miracle continu. Faut-il avoir été dépourvu par le fait de la guerre, d’une catastrophe publique ou privée, d’une maladie, d’un exil, faut-il avoir été sevré de cette nourriture quotidienne, de cet accord pour en ressentir le prix ? Serait-ce une question de nature, d’aptitude innée au bonheur d’être ici, maintenant, de ne rien gaspiller ?

L’état de grâce. Il se peut que nous ne soyons vraiment nous-mêmes que dans l’émerveillement, l’éloge, la reconnaissance. Là s’exprime le meilleur de notre être, ce qui chante, s’ouvre et va à la rencontre de Celui qu’on ne peut nommer.